JO Milan-Cortina 2026 : Rikuryu, l’onde qui fait vibrer les âmes

Il est, dans le sport, des instants qui dépassent la victoire et s’inscrivent en silence dans la mémoire des âmes.
Aux JO de Milan-Cortina 2026, le duo japonais de patinage artistique Riku MIURA 三浦璃来 et Ryuichi KIHARA 木原龍一, surnommé « Rikuryu, りくりゅう », d’après la contraction de leurs prénoms, a offert un programme libre d’une fluidité rare, où chaque geste semblait suspendre le temps et faire naître autour d’eux une vibration que nul ne voulait voir s’éteindre.

Au creux de la vague

Cinquièmes au classement, à la suite d’une erreur inhabituelle sur un porté lors du programme court de la veille, les doubles champions du monde 2023 et 2025, récents vainqueurs de la finale du Grand Prix, comptent 6,9 points de retard sur le couple allemand.

© Photo Ikai Takeshi 猪飼健史撮影, le 15 février 2026

Lors de l’entraînement pour le programme libre, Ryuichi vacille à la réception d’un saut. Il s’interrompt, tête baissée, les larmes aux yeux.
« Je me suis endormi en pleurant. Je me suis réveillé en pleurant. Même en entrant sur la glace ce matin, les larmes coulaient encore », confiera-t-il par la suite.
Riku, 24 ans, de neuf ans la cadette de son partenaire, ne l’avait jamais vu ainsi. Depuis la formation du duo en 2019, Ryuichi — plus expérimenté, déjà double olympien — avait toujours été le pilier : celui qui rassure, stabilise, guide.
Cette fois, les rôles se fissurent.

Le matin de la finale, face aux larmes incessantes de son partenaire, Riku prend la parole. Simplement. Calmement. « Oublions hier. Repartons de zéro. » Puis, presque en confidence : « Aujourd’hui, je patinerai pour toi. »

Autour d’eux, les entraîneurs, les coéquipiers de l’épreuve par équipes, les amis envoient des messages de soutien. Mais sur la glace, c’est elle qui incarne le point d’ancrage.
Ryuichi revoit la vidéo de l’erreur. Ce n’était pas une faute technique majeure — plutôt un concours de circonstances. Les années d’entraînement, la rigueur accumulée, la confiance patiemment construite ne se sont pas évaporées.
Peu à peu, l’émotion brute laisse place à la concentration.

Lors de l’échauffement officiel, le changement est visible. Le regard s’affirme, le geste retrouve sa fluidité.
« Ça va aller… »


Quatre minutes hors du temps

En ce lundi 16 février au soir, la paire japonaise pénètre dans l’arène…

Portés par la musique du film « Gladiator », leur programme libre commence. Dès la première note, quelque chose bascule. L’entrée est souple. Dans la salle, le silence s’installe. Les longues courbes se succèdent. On ne distingue plus l’effort. Les transitions s’enchaînent comme si chaque élément naissait du précédent. Sans rupture, sans tension apparente : seulement un mouvement continu, parfaitement fluide. Seul le crissement des lames sur la glace accompagne la musique.

© Photo TETSU JOKO YOMIURI AFP, le 16 février 2026
© Photo AFP, le 16 février 2026
© Photo PA Images アフロ, le 16 février 2026

Les sauts lancés dessinent des arcs précis dans l’espace. Triple twist. Triple boucle piquée. Double axel. Double axel. Les figures s’enchaînent avec grâce et limpidité.

Puis vient le lift — cet élément qui, la veille, avait brisé leur élan. Cette fois, il s’impose avec évidence.

Ryuichi soulève Riku haut au-dessus de lui. Le geste repose sur une stabilité souveraine. Riku semble flotter, légère, comme suspendue à l’air lui-même. La rotation est nette, le contrôle absolu.

Dans les gradins, le silence devient palpable. On sent que quelque chose d’irréversible est en train de se produire. Les pas chorégraphiques respirent. Les lignes s’étirent.

© Photo Jiji Press, le 16 février 2026

Les ports de bras prolongent la musique comme une calligraphie en mouvement. L’énergie circule de l’un à l’autre, dans une symétrie organique parfaite.

La glace paraît plus vaste. Le temps ralentit, jusqu’à s’effacer. Portés sublimes. Triple lutz. Triple salchow. Triple boucle. La technique se fond dans l’art.

Riku et Ryuichi ne sont plus qu’un seul souffle. Rikuryu est là.

Lorsque le dernier porté se fige, au terme de la musique, l’arène explose. Une ovation suspendue dans le temps. Des spectateurs debout, retenus sous le charme de cette parenthèse presque irréelle.
Les larmes changent de nature.
Les deux patineurs restent longuement enlacés sur la glace avant de saluer le public.

© Photo by AP, le 16 février 2026
© Photo PA Imagesアフロ, le 16 février 2026
© Photo 共同社 Kyodosha,, le 16 février 2026

Dans la mémoire des âmes

Le score s’affiche : 158,13 points sur le programme libre. Ajoutés aux 73,11 points du programme court, le total s’élève à 231,24 points. Un total historique. Record du monde battu.

© AP Photo, Francisco Seco, le 16 février 2026

La tension accumulée se dissout dans une explosion de joie.

L’or olympique est confirmé.

Les larmes de la veille deviennent lumière.

Après l’annonce des résultats, après les applaudissements, demeure cette impression rare et émouvante d’avoir assisté à un moment suspendu.

Ces quatre minutes d’éternité offrent au Japon sa première médaille d’or olympique en couple en patinage artistique.

À Milan, Rikuryu a inscrit dans la glace un instant rare — une onde qui, bien au-delà de la victoire, demeure dans la mémoire des âmes.