2018 : l’année du Japonisme en France

Japonismes 2018,   ジャポニスム 2018

L’année 2018 sera l’objet de diverses commémorations historiques en France et dans le monde.
Au Japon, cette année marque, entre autres, le 150ᵉ anniversaire du début de l’ère Meiji (1868-1912), époque où le pays s’ouvre officiellement à l’occident. Mais c’est aussi, avec la signature du Traité d’amitié et de commerce entre la France et le Japon, le 09 octobre 1858 à la fin de l’ère Edo (1603-1868), le 160ᵉ anniversaire de l’ouverture des relations diplomatiques entre les deux pays.

À cette occasion, la Fondation du Japon organise en France, de juin 2018 à février 2019, une série de manifestations culturelles japonaises sur le thème :

Japonismes 2018 : les âmes en résonance,   ジャポニスム 2018 : 響きあう魂.

Différents aspects de la culture et des traditions japonaises seront présentés au public, au travers de divers projets, expositions, spectacles et manifestations artistiques, non seulement à Paris mais également dans diverses villes de l’hexagone, de la tradition musicale millénaire du gagaku (musique de cour du Japon apparue à l’ère Asuka, 592-710) au théâtre kabuki (théâtre traditionnel de plus de 400 ans, apparu à l’ère Edo) en passant par la gastronomie et les arts martiaux.

De l’origine du « Japonisme »

Le terme « japonisme » apparaît en France au début des années 1870.

Après un isolement quasi-total de plus de 200 ans, de 1639 à 1853 (1), le Japon s’ouvre à l’occident au milieu du XIXème siècle avec la signature, en 1858, des cinq traités dits « Ansei » (ou Traité Ansei des cinq puissances : 安政五カ国条約) entre le Japon et successivement les États-Unis, les Pays-Bas, la Russie, le Royaume-Uni et la France.

Le Traité d’amitié et de commerce entre la France et le Japon (日仏修好通商条約), signé le 09 octobre 1858 à Edo (actuelle Tokyo), officialise l’ouverture des relations diplomatiques entre les deux pays.

Pour autant, avant même cette ouverture, les œuvres artistiques japonaises avaient déjà pénétré l’Europe : les porcelaines, puis les laques du Japon étaient connues et appréciées dès le milieu du XVIIème siècle, les estampes apparaissant un siècle plus tard. C’est surtout lors de sa participation à l’exposition universelle de Paris en 1867, que le Japon va officiellement exposer au monde ses œuvres artistiques et artisanales.

Délégation japonaise à l’exposition universelle de Paris, 1867. Au centre, le frère du dernier shogun TOKUGAWA Yoshinobu. wikipedia

L’intérêt est immédiat et, de l’engouement suscité par l’art et la culture japonaises en occident, particulièrement en France, va naître le terme « japonisme » employé par le collectionneur d’art français Philippe Burty, dans une série d’articles publiés entre 1870 et 1872.

Céramiques, porcelaines, laques du Japon, soie, estampes, œuvres d’art diverses déferlent sur le vieux continent et sur le monde. Les estampes japonaises sont particulièrement appréciées des peintres impressionnistes qui vont largement s’inspirer de l’art nippon.

Le sens du terme « japonisme » évolue alors rapidement pour désigner, au-delà de l’engouement suscité à ses débuts, un phénomène artistique qui va jouer un rôle déterminant dans l’évolution de la peinture en France et en Europe.

Plage des Maikos, Hiroshige, 1853
Champs d’oliviers, Van Gogh, 1889

 

Claude Monet, Vincent Van Gogh, Edouard Degas, Paul Cézanne, Henri de Toulouse-Lautrec entre autres sont influencés par les estampes de Hokusai (1760-1849), Hiroshige (1797-1858) ou Utamaro (1753-1806) notamment, dont ils vont s’inspirer pour leurs créations. Monet possédait une collection de plus de 200 estampes, alors que Van Gogh en avait plus du double.

Une véritable révolution s’opère. L’ordre académique établi est bouleversé par de nouvelles conceptions des couleurs et de la lumière.

Cette influence de l’art japonais s’intensifie et va jusqu’à provoquer des répercussions dans tous les domaines de la société : la littérature, l’architecture, le mobilier, la mode vestimentaire, la musique ainsi que l’art floral et paysagiste ou les arts décoratifs, des vases d’Émile Gallé jusqu’au logo associé aux initiales LV de la marque Louis Vuitton qui rappelle les emblèmes de familles japonaises (kamon, 家紋).

Le japonisme devient un facteur déterminant dans l’apparition de l’Art Nouveau.

En 1888, dans sa revue mensuelle « Le Japon artistique », Samuel Bing(2) décrit en ces termes l’influence grandissante de l’art japonais sur l’art français contemporain : « C’est comme une goutte de sang qui s’est mêlé à notre sang, et qu’aucune force au monde ne pourra éliminer ».

Les âmes en résonance,  響きあう魂

Un siècle et demi plus tard, « Japonismes 2018 » veut faire revivre et amplifier le mouvement né il y a 150 ans, en mettant en valeur la sensibilité existant entre les peuples français et japonais, faire résonner cette sensibilité profonde pour trouver, par cette « résonance des âmes », les voies propices à l’union des peuples dans l’harmonie.

Parallèlement au programme officiel, « Japonismes 2018 » offre à d’autres structures la possibilité d’associer leur propre projet à la manifestation officielle, sur demande auprès du Bureau de « Japonismes 2018 » de la Fondation du Japon, en charge de l’examen et de la validation des dossiers.

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Pour accéder au programme officiel :  Calendrier des manifestations

Plus d’informations en cliquant sur le lien ci-dessous du site de la Maison de la culture du Japon à Paris :   Japonismes 2018 : Les âmes en résonance

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(1) Pendant cette période (1639-1853), seuls les Pays-Bas continuaient, par l’îlot artificiel Dejima (出島) dans le port de Nagasaki (Kyushu), à entretenir des relations commerciales que le Japon avait entamées en 1636 avec le Portugal.

(2) Français d’origine allemande, Siegfried Bing, dit Samuel Bing, est un collectionneur d’art qui ouvre à Paris, en 1874, un commerce d’objets d’art qu’il baptise « l’Art japonais » et qu’il transformera en galerie où de nombreux peintres de l’époque, dont Vincent Van Gogh,  venaient passer de longues heures. En 1888, il publie la revue mensuelle « Le Japon artistique », éditée en 3 langues (français, anglais et allemand) et poursuivra cette publication pendant trois années.

 

Sources : jpf.go.jp, japonismes.org, mcjp.fr

 

 

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