Janvier au Japon : l’art dans la tradition de commencer en douceur
Au Japon, janvier s’installe avec délicatesse, souvent sous le signe de la neige.
L’hiver déploie son silence blanc. Les flocons se déposent sur les toits et tapissent les rues encore silencieuses. L’air froid des matins caresse les paysages figés, et le temps semble ralentir son pas.
L’année s’ouvre lentement, portée par des gestes simples, des repas préparés avec soin et des rites anciens. Les jours s’écoulent avec retenue, comme si le temps reprenait son souffle, invitant à observer, à écouter, à ressentir. Commencer l’année devient un art discret, fait de lenteur, d’attention et d’harmonie.

Les premiers jours : lumière et premières attentions
À l’aube du 1er janvier, les regards se tournent vers l’horizon pour accueillir le premier lever de soleil 初日の出 (hatsuhinode). Le disque lumineux apparaît peu à peu, et le temps semble suspendu. L’année commence dans la clarté tranquille de l’hiver.

Les premiers jours s’étirent ensuite dans le calme du Nouvel An 正月 (shôgatsu), du 1er au 3 janvier, parfois jusqu’au 7. Dans les maisons refermées sur elles-mêmes reposent les kagami mochi 鏡餅, assemblages rituels de pâte de riz gluant pilé, coiffés d’une mandarine (daidai japonais). Les familles se retrouvent. Aux portes, les décorations de pins 門松 (kadomatsu) se dressent, tandis que les cordes tressées de paille de riz ou de chanvre 標縄 (shimenawa) veillent sur l’entrée, accompagnées du drapeau japonais 日の丸 (Hinomaru), cercle de soleil rappelant la lumière et l’origine du temps.

Osechi-ryôri
Dans la cuisine, bien avant le passage à la nouvelle année, la maîtresse de maison a préparé les plats du Nouvel An お節料理 (osechi-ryôri) associés au bouillon de mochi 雑煮 (o-zôni) et à ses légumes de saison. Chaque mets a demandé patience, précision et attention.
Pensés pour durer plusieurs jours, ces plats laissent le feu se reposer et la maison demeurer paisible. Les boîtes laquées s’ouvrent au fil des repas, et l’année avance à petites bouchées, nourrie de gestes transmis et de symboles silencieux et joyeux.


Hatsumôde
Dès le 1er janvier, les pas conduisent naturellement vers le sanctuaire 神社 (jinja). La première visite 初詣 (hatsumôde) s’accomplit sans hâte. On avance, on attend, on s’incline. Les remerciements pour l’année écoulée précèdent les vœux formulés dans la simplicité. Le geste suffit à inscrire l’année dans une continuité apaisée.

Janvier, mois de purification et d’équilibre
Le 7 janvier, le matin s’ouvre sur la bouillie aux sept herbes 七草粥 (nanakusa gayu), composée de sept plantes traditionnellement associées à la santé. Après les saveurs riches du Nouvel An, ce repas léger et végétal rééquilibre le corps et l’esprit. Il rappelle que l’hiver, comme le temps, demande douceur et attention.
Autour du 11 janvier, la cérémonie d’ouverture des mochi 鏡開き (kagami-biraki) invite au partage des préparations rituelles. Les mochi, découpés avec soin, prolongent l’esprit du shôgatsu et accompagnent le retour progressif au quotidien.

Peu après, au sanctuaire, les flammes du feu de purification どんど焼き (dondoyaki) consument décorations et talismans, purifient l’espace et allègent la mémoire, tandis que l’année poursuit son chemin.
Seijin no hi, 成人の日
Vient ensuite le deuxième lundi de janvier. Les rues s’animent doucement pour la cérémonie du seijin shiki 成人式 qui marque l’entrée symbolique dans l’âge adulte. Les jeunes adultes avancent, vêtus de kimonos aux couleurs vives ou de costumes formels, dessinant un passage discret vers une nouvelle étape de la vie. L’hiver conserve sa douceur, et l’élan de l’avenir se devine dans la lumière pâle des jours.
Janvier au Japon, une respiration hivernale
Janvier au Japon s’écoule comme une suite de respirations.
La neige, la lumière, la marche, le repas, le feu, le passage des âges composent une lente harmonie. L’année avance sans heurt, portée par des gestes attentifs et anciens. Observer, goûter, marcher, contempler, puis laisser l’année nouvelle venir à soi devient un art calme et joyeux, où chaque instant se déploie avec grâce et patience.


